Au sommaire

  1. Routage et Mode Route : deux questions différentes
  2. La polaire : ce que sait faire votre bateau
  3. Les isochrones : comment le calcul cherche
  4. La terre : le masque côtier
  5. D'où vient le vent
  6. Vos réglages : moteur, nuit, seuils, manœuvres
  7. Comparer plusieurs modèles, plusieurs départs
  8. Lire le résultat : la vignette et le tableau de marche
  9. Ce que le routage ne sait pas

1. Routage et Mode Route : deux questions différentes

Solano a deux outils qui parlent de trajet, et on les confond facilement. Ils répondent en réalité à deux questions opposées.

🗺️
Le Mode Route part d'un tracé que vous avez dessiné et vous dit quel temps vous y trouverez, heure par heure. Le trajet est une donnée, la météo est la réponse.
🧭
Le Routage part de deux points et calcule le tracé en fonction du vent et de votre bateau. La météo est la donnée, le trajet est la réponse.

L'un ne remplace pas l'autre. On trace une route à la main quand on sait déjà par où l'on passe — un rail, un chenal, une habitude. On lance un routage quand la question est justement « par où ? », et qu'un bord de plus ou de moins change l'heure d'arrivée.

On passe de l'un à l'autre : depuis le Mode Route, le bouton 🧭 Router ce tracé reprend les points que vous avez posés — le premier devient le départ, le dernier l'arrivée, les autres des marques à laisser dans l'ordre — et ouvre le Routage avec la même heure de départ.

Le Routage est réservé aux comptes connectés : il lui faut un bateau, donc une polaire.

2. La polaire : ce que sait faire votre bateau

Un routage sans polaire n'a aucun sens. La polaire est le tableau qui dit, pour chaque angle de vent et chaque force, la vitesse que tient le bateau. C'est elle qui fait qu'un calcul choisit d'abattre pour aller plus vite plutôt que de viser droit.

Elle se saisit dans la fiche de votre bateau (menu ⛵ Mes bateaux), de trois façons :

1
La grille
Un tableau angle × force que vous remplissez à la main. Il arrive prérempli avec une polaire de croiseur générique, ce qui donne un point de départ plutôt qu'une page blanche.
2
Un fichier CSV
Les polaires produites par les logiciels de course s'exportent en CSV. Solano le lit, vous montre ce qu'il a compris, et attend votre validation avant de remplacer quoi que ce soit.
3
Rien du tout
Sans polaire saisie, le calcul utilise le croiseur générique de 11 m. Ça tourne, mais ce n'est pas votre bateau : les heures d'arrivée sont indicatives.
À savoir : une polaire de chantier est mesurée sur un bateau neuf, bien toilé, équipage entraîné. La vôtre est probablement plus lente. Beaucoup de marins saisissent leur polaire constructeur puis la rabotent de 5 à 10 % — le routage devient nettement plus juste.

3. Les isochrones : comment le calcul cherche

Le principe a plus d'un siècle et il est simple. Partant du point de départ, le calcul avance par pas de temps. À chaque pas, depuis chaque position déjà atteinte, il essaie tous les caps et regarde, grâce à la polaire et au vent du moment, jusqu'où chacun mène.

L'ensemble des points atteignables après une heure forme une courbe — l'isochrone, la ligne des positions de même durée. Puis on recommence depuis cette courbe, et ainsi de suite jusqu'à toucher l'arrivée.

Le front s'élargirait vite à l'infini si on gardait tout. À chaque pas, Solano ne conserve donc qu'une position par secteur angulaire vu du départ : la plus avancée vers le but. C'est ce tri qui rend le calcul possible sans changer le résultat.

Les bords ne sont écrits nulle part

C'est le point le plus contre-intuitif du routage, et c'est ce qui en fait la valeur. Aucune ligne de code ne dit « ici il faut tirer un bord ». Le calcul ne connaît que des caps et une polaire.

Simplement, quand le but est droit dans le vent, la polaire donne une vitesse quasi nulle au cap direct et une vitesse correcte à 45° — donc le meilleur chemin passe par deux amures, et les bords apparaissent dans le résultat. De même au vent arrière, où empanner et naviguer à 150° va souvent plus vite que de rester plein vent arrière.

Le calcul lui-même est rapide : quelques centaines de millisecondes pour une traversée. Ce qui prend du temps, c'est le téléchargement du vent.

4. La terre : le masque côtier

Un routage qui ignore la terre coupe à travers la Corse. Solano embarque donc un trait de côte mondial et refuse tout pas qui le traverserait — le contournement d'une pointe, comme les bords, émerge de ce simple refus.

Ce trait de côte est volontairement grossier. Il sert à ne pas traverser une île, pas à vous faire passer entre deux cailloux. Il ignore les hauts-fonds, les cardinales, les chenaux, les zones réglementées. Un routage se vérifie toujours sur une carte marine avant d'être suivi.

Il n'y a d'ailleurs aucune notion de tirant d'eau dans le calcul : un routage peut très bien vous faire passer là où votre quille ne passe pas.

5. D'où vient le vent

Le Mode Route interroge la météo en quelques points. Un routage, lui, a besoin du vent partout dans la zone et à toutes les heures : il évalue des dizaines de milliers de positions dont aucune n'est connue d'avance. Il lui faut donc un champ complet, pas des relevés ponctuels.

Solano télécharge ces champs chez deux fournisseurs, que vous pouvez confronter :

🇫🇷
Météo-France — ARPEGE Europe, ARPEGE Monde, AROME France. AROME est le plus fin mais ne voit que quelques jours ; ARPEGE porte plus loin.
🇪🇺
ECMWF — le modèle européen en données ouvertes, couverture mondiale, échéances longues. Utile hors zone Météo-France, et comme deuxième avis.

Les échéances sont horaires sur les six premières heures — celles où se joue la décision de partir — puis de trois en trois. La fenêtre téléchargée est taillée sur le trajet : Solano estime la durée probable et ne descend que ce qu'il faut, plutôt qu'une fenêtre fixe de trois jours.

Le premier calcul est le plus long (une trentaine de secondes sur une traversée) : il télécharge. Relancer avec une autre polaire, un autre départ ou d'autres réglages dans la foulée est presque gratuit — un run publié ne change plus, il est gardé. En revenir le lendemain, en revanche, retéléchargera : ce ne sont plus les mêmes runs.

6. Vos réglages : moteur, nuit, seuils, manœuvres

Les Réglages avancés du volet Routage décrivent votre façon de naviguer. Ils sont repliés par défaut — les valeurs par défaut conviennent à une navigation ordinaire.

Le moteur

Autorisé ou non, avec sa vitesse et le seuil de vitesse à la voile en dessous duquel on démarre. Dans la pétole, le calcul bascule alors au moteur et va droit au but — au moteur la vitesse ne dépend plus du cap, donc viser l'arrivée est toujours le plus court.

La performance de nuit

Un pourcentage appliqué entre le coucher et le lever du soleil. Peu d'équipages envoient le spi à 3 h du matin ; à 85 %, le calcul en tient compte et peut choisir de passer une zone de jour plutôt que de nuit.

Les seuils de sécurité

Trois plafonds qui interdisent un pas plutôt que de le pénaliser :

Quand un seuil de rafale est demandé mais que le champ n'a pas pu être téléchargé, Solano le dit sur le tracé concerné plutôt que de laisser croire que le seuil s'applique. Un garde-fou silencieusement inactif serait pire que pas de garde-fou.

Le temps perdu par manœuvre

Chaque virement coûte quelques minutes. Sans ce réglage, le calcul propose volontiers des itinéraires à vingt bords qu'aucun équipage ne suivra. Quelques minutes par manœuvre suffisent à rendre le résultat réaliste.

7. Comparer plusieurs modèles, plusieurs départs

Un routage n'est jamais une vérité : c'est la conséquence d'une prévision. Solano calcule donc un tracé par modèle coché et les superpose sur la carte.

Deux modèles qui donnent la même route, c'est une bonne nouvelle. Deux modèles qui divergent — l'un passe au nord de l'île, l'autre au sud — vous disent que la décision n'est pas mûre, et c'est une information au moins aussi utile que le tracé lui-même.

Les départs multiples

La case Comparer plusieurs départs relance le même calcul à intervalle régulier : « je pense partir à midi, mais que donnerait 16 h, 20 h, minuit ? ». Les résultats sont groupés par heure de départ.

C'est peu coûteux : le vent ne dépend pas de l'heure à laquelle vous décidez de partir, il n'est donc téléchargé qu'une fois pour tous les départs.

Le parcours à marques

En cliquant la carte, chaque nouveau point prolonge le parcours : le dernier cliqué est toujours l'arrivée, les précédents deviennent des marques à laisser dans l'ordre. De quoi router une course, ou simplement imposer un passage. Chaque marque ajoute cependant un segment de calcul — un parcours à vingt marques se paie en temps.

8. Lire le résultat : la vignette et le tableau de marche

Chaque tracé calculé donne une vignette : heure d'arrivée, durée, distance, vent et mer maximum rencontrés, et une jauge qui répartit le trajet entre moteur, près, travers et portant. C'est souvent la jauge qui tranche entre deux routes de durée voisine — dix heures de près serré ne valent pas dix heures de largue.

Le bouton ⛶ Tableau de marche ouvre le détail : une ligne par pas de calcul, et en colonnes tout ce qui décrit ce pas.

Deux référentiels de vent, à ne pas confondre. TWD est un cap vrai : d'où vient le vent par rapport au nord, indépendamment de votre bateau. TWA est un angle à l'étrave : il change quand vous abattez, à vent identique. AWA et AWS décrivent le vent apparent, celui que vous lirez en tête de mât — au portant il tombe, au près il forcit.

Les colonnes optionnelles (temps, pluie, pression, mer, houle) s'activent par pastille. Chaque groupe de colonnes porte le nom du modèle qui l'alimente : le vent et la mer qui ont contraint le calcul ne viennent pas du même endroit que la pluie ou la pression, relevées ensuite le long du tracé.

Une fois le tracé choisi, il s'enregistre comme une route ordinaire — sans simplification, au pas de calcul, pour qu'aucun virement ne disparaisse. Vous le retrouvez alors dans le Mode Route, dans « Mes routes », et pouvez y associer une navigation du livre de bord ou figer ses prévisions pour la mer.

9. Ce que le routage ne sait pas

Un tracé calculé a l'air d'une réponse. Voici ce qu'il ne contient pas :

🌀
Le courant. Le moteur d'isochrones ne le prend pas en compte. Dans un raz, un détroit ou une zone de fort marnage, la route calculée peut être franchement mauvaise — c'est à vous de corriger.
🪨
Les dangers. Trait de côte grossier, aucun tirant d'eau, aucune balise, aucune zone réglementée. Un routage se reporte sur une carte marine.
🌊
L'état de la mer, sauf si vous le demandez. Sans seuil de mer saisi, la houle affichée décrit le trajet mais ne l'a pas contraint.
👥
L'équipage. La fatigue, le mal de mer, l'envie de ne pas arriver à 3 h du matin dans un port inconnu. Le calcul optimise une durée, pas une traversée réussie.

Le routage est un avis de plus, à confronter aux bulletins marins officiels et à votre lecture de la situation. Il est excellent pour révéler qu'une option à laquelle vous n'aviez pas pensé fait gagner six heures. Il n'est pas là pour décider à votre place.

Pour aller plus loin

Le détail de l'algorithme — pas de temps, élagage, seuils — est dans La méthode Solano. Pour étudier la météo d'un tracé que vous avez déjà en tête, voyez plutôt Mode Route : la météo de votre trajet, et pour juger la fiabilité des modèles utilisés, Le score de stabilité.

Avertissement : Solano n'est pas un service de sécurité maritime. Les décisions de navigation engagent la responsabilité du capitaine, qui doit tenir compte de son expérience, de son équipement et des bulletins météo officiels.
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